[LVD 60] "Entreprendre pour construire l'entreprise qui répond à mes valeurs !" - Asefeh - Guiv

La Vraie Dose 60 : “Entreprendre pour construire l’entreprise qui répond à mes valeurs !” avec Asefeh

La Vraie Dose 60 : “Entreprendre pour construire l’entreprise qui répond à mes valeurs !” avec Asefeh

“Je suis très curieuse, un peu trop franche. Pour moi c’est une qualité mais pour la société ça ne l’est pas toujours. J’ai énormément de diplomatie, je ne veux pas embêter mais je vais toujours dire ce que je pense” 

Aujourd’hui, je voulais te faire rencontrer Asefeh, l’un de mes derniers gros coups de coeur humano-entrepreneuriaux en date (on est là sur une introduction en toute mesure et sobriété). En l’écoutant parler la première fois, je me suis régalée, j’ai adoré les aspérités de sa personnalité. Elle est une force douce, une créative rationnelle, une passionnée pleine de recul. Elle a un côté multiple, elle me fait un peu penser à une poupée russe. Et comme tu sais sûrement que ma plus grande régalade dans la vie, c’est de prendre une entreprise et d’aller creuser pour savoir de quel bout de cerveau d’entrepreneur-e, de vécu, de personnalité, tout ça vient et pourquoi ça s’est matérialisé par ce projet là... Alors, je me suis dit que j’avais quand même de la chance d’avoir une newsletter qui m’offrait une super couverture pour me plonger encore plus en détail dans son histoire, je lui ai proposé d’être l’entrepreneure de la vraie vie invitée le temps d’une vraie dose. Je crois qu’elle s’est autant régalée que moi parce qu’un peu comme chacun des entrepreneurs que l’on reçoit ici toi et moi, le sujet qu’elle a voulu aborder avec toi, c’est son vrai sujet de coeur (chaque semaine on réalise qu’aucun des invités ne choisit d’aborder une thématique par hasard, c’est tout simplement parce qu’il ou elle l’incarne à la perfection). Je sais aussi que cet échange, celui que tu vas vivre en dessous, cette deuxième rencontre entre elle et moi, a encore une fois remué beaucoup de choses. Elle a mis beaucoup de mots sur la raison d’être de son aventure entrepreneuriale et je crois qu’elle n’est pas peu fière que ce soit avec la LVD family.

Maintenant que j’y ai mis suffisamment de chamallow, de Kleenex et de violon, je pense qu’il est temps de laisser la parole à Asefeh, de lui permettre de se présenter telle une humaine pour ensuite naturellement te raconter son projet. “J’ai toujours été attirée par la mode, j’ai fait toute ma carrière dans la mode. Être bien habillée pour moi c’est du bien être, je prends du plaisir à choisir ce que je vais mettre le matin”. Du coup, comme tu sais que je suis éhontément une psy refoulée, ma nouvelle question préférée est de demander aux entrepreneurs invités, si cette vie professionnelle passionnelle sommeillait en eux depuis l’enfance. Clairement pour Asefeh, on était déjà dans l’ambiance “tous les gens qui me connaissent m’ont toujours dit que dès 2 ans je mettais les talons de ma mère, j’adorais associer les couleurs, j’avais ça dans le sang”. Je crois que l’on est encore sur une nouvelle saison de notre série préférée : “Bonjour mon projet entrepreneurial était en moi depuis toujours bisous” (bon de fait tu ne connais pas encore son projet entrepreneurial mais j’ai envie de te dire que si elle te parle de mode en premier, ce n’est pas le fruit du hasard - ndlr : je respecte toujours le fil chronologique de chaque entretien).

Quand ensuite, j’ai demandé à Asefeh de te parler de sa personnalité, j’ai été marquée par le fait qu’elle utilise beaucoup d’adverbes comme si elle voulait souligner vraiment ses traits de personnalité, les porter haut et fort (À défaut d’avoir un master en psycho, tu noteras que du coup je nourris ma soif de thérapeuthe refoulée avec la physhologie de comptoir). “Je suis très curieuse, un peu trop franche. Pour moi c’est une qualité mais pour la société ça ne l’est pas toujours. J’ai énormément de diplomatie, je ne veux pas embêter mais je vais toujours dire ce que je pense”. C’est là que tu ressens pour la première fois ce côté multiple dont je te parlais, à la fois elle s’affirme mais elle ne veut pas blesser. Elle veut s’affirmer si ça a un sens, une vocation. “Même si je dis ce que je pense à la personne, je veux que la personne apprenne. Je ne me prends pas pour une professeure, je veux qu’il y ait quelque chose qui se transmette. J’attends aussi ça des autres quand on me critique, quand quelque chose ne va pas, je veux comprendre pourquoi. La critique c’est ce qui m’a fait avancer”. Je trouve qu’il y a déjà là une sorte de personnalité entrepreneuriale qui se dessine, quelque soit le projet, l’entrepreneur c’est celui qui qui transmet, qui apprend, qui explique, qui résout. D’ailleurs Asefeh a toujours affirmé cette envie de transmission transversale sans penser à l’âge ou à la position hiérarchique mais plus au fond, dans son passé salarial / managérial (même si ô surprise : ça n’a pas toujours été compris).

Plongeons-nous d’ailleurs dans la carrière professionnelle d’Asefeh dans le milieu de la mode. Asefeh démarre ses études par une année à la Sorbonne mais le modèle de la fac de lui convient pas. “J’ai voulu faire une école de commerce. À ce moment là, mon père que j’adore, m’a très justement dit qu’il n’allait pas la financer, que je devais me débrouiller. C’est super car c’est comme cela que l’on va au delà de nos limites. Du coup, j’ai appelé l’école et négocié pour passer directement en 2ème année. Mon papa a toujours été dans le commerce et il nous a toujours élevés comme ça. Finalement, l’école a accepté et j’ai adoré.”. Et voilà une nouvelle graine dans son baluchon humano-professionalo-entrepreneurial : le talent pour le commerce et la négociation. Sans parler du fait que ce ne serait pas si incohérent de sélectionner les étudiants en école de commerce sur leur capacité à vendre, à faire du “commerce” (kikou c’est dans le titre) mais ça c’est encore un autre débat (qui me tient à coeur mais qui mérite une vraie réflexion posée et pesée).

Cette envie d’école de commerce, c’était une première porte vers la mode et aussi vers sa fougue entrepreneuriale. “Quand j’étais à l’école, dans ma tête il était très clair que je voulais faire différents stages pour m’essayer à tous les métiers de la mode. Même à 18 ans on me disait tout le temps que j’étais faite pour créer ma marque, je me voyais finir par le faire alors je voulais tout connaître”. D’ailleurs, Asefeh a fait une jolie aparté à ce moment là qui explique le pourquoi du comment de cette envie de rejoindre une école de commerce alors même qu’elle avait toujours eu la mode dans le sang. “C’est une histoire de légitimité, j’avais besoin d’avoir un diplôme pour m’autoriser à entreprendre. Ce besoin de légitimité m’a poursuivie longtemps il m’a quand même finalement fallu 40 ans pour me mettre à entreprendre [rires]”. Ce qui est drôle, c’est qu’Asefeh réalise aujourd’hui à quel point elle avait en elle-même des ressources canon pour lancer sa propre marque “J’adore gérer. Depuis toute petite, je suis comme ça, je prends toujours tout en main, je n’ai pas peur de parler aux gens”. Le syndrome de l’imposteur a ses raisons que la raison ignore (bon, si on se dit tout, il travaille souvent en binôme avec les cases dans lesquelles on te met et les voies toutes tracées dessinées par la société).

Asefeh explore ensuite le milieu de la mode durant une quinzaine d’années principalement à des rôles en marketing. Et aussi surprenant que ça puisse paraître, elle avait déjà en tête de défendre les valeurs d’une mode réfléchie, elle avait ça au plus profond d’elle même depuis ses toutes premières ambitions professionnelles “Je veux que les gens achètent en étant conscients de ce qu’ils sont en train d’acheter et non pas acheter un vêtement simplement parce que ta voisine le porte”. C’est une philosophie qui va guider Asefeh dans sa carrière, d’abord en “mode sous marin” comme elle le disait en riant sur des postes à responsabilités dans de grandes entreprises puis évidemment (t’es quand même en train de lire LVD là, tu sais où ça va) au coeur de son projet entrepreneurial !

Asefeh, la fondatrice de Guiv, est l’entrepreneure de la vraie vie invitée de La Vraie Dose 60

Asefeh, la fondatrice de Guiv, est l’entrepreneure de la vraie vie invitée de La Vraie Dose 60

“Avec mon entreprise Guiv, je veux que la femme se sente belle parce qu’elle est elle-même. Pour moi, ça, ça passe par le sur mesure. Je ne veux plus que l’on parle de taille mais de mesure. Pour moi ma mesure est à moi, mon tour de taille n’appartient qu’à moi”

Et on fonce donc droit vers le grand moment, celui où Asefeh te parle donc de l’entreprise qu’elle a fini par oser se lancer avec toutes ses ambitions, ses racines, sa personnalité et ses valeurs dedans. “Je suis d’origine iranienne, tiens c’est drôle je n’en ai pas parlé plutôt. Je me sentais moitié française, moitié iranienne. Du coup, on le retrouve dans la marque”. Pendant notre conversation je n’ai pas spécialement percuté mais là en réécrivant tout le schmilblick : c’est tout de même très drôle qu’Asefeh ne parle de ses origines iraniennes qu’au moment de te présenter son entreprise. Comme si avec son projet, elle revenait aux sources, elle revenait à elle-même. “Toutes les doublures, les biais de mes jupes sont de couleur turquoise. C’est une couleur porte bonheur chez les iraniens, qui transforment les ondes positives en ondes négatives”. Et cerise sur le gâteau, Guiv, le nom de l’entreprise d’Asefeh est très précieux pour elle car il est là aussi d’origine iranienne, c’est d’ailleurs le prénom de son fils. Et c’est d’autant plus symbolique car il s’agit d’un prénom masculin et tout ça dit encore beaucoup de choses de la vision d’Asefeh. “En fait ça vient du Livre des Rois, un livre cher aux Persans. C’était un chevalier. J’ai volontairement choisi un prénom très masculin pour un produit très féminin : la jupe. Tout simplement parce que je n’aime pas les cadres”. Jusque dans le nom de son entreprise, il y a cette espèce de double jeu entre ses racines et ses valeurs

Avec mon entreprise Guiv, je veux que la femme se sente belle parce qu’elle est elle-même. Pour moi, ça, ça passe par le sur mesure. Je ne veux plus que l’on parle de taille mais de mesure. Pour moi ma mesure est à moi, mon tour de taille n’appartient qu’à moi”. Cette envie de quitter une mode standardisée n’est pas un hasard, elle née d’un déclic, d’une réflexion profonde sur son amour de la mode et son ambition d’en faire un outil de “bien aller”. Après sa vie salariale, Asefeh a pris une année pour faire le point et construire calmement les piliers de ce qui allait devenir Guiv pour vraiment construire quelque chose qui lui ressemble, ne pas entreprendre pour entreprendre mais entreprendre pour défendre sa vision de la mode. “J’ai fait reposer ma tête. Pour moi, avant d’entreprendre il ne faut pas se précipiter, il faut prendre du temps”.

Grâce à cette année d’introspection, Asefeh a donc créé Guiv, sa marque de jupe sur mesure. “Il y a la jupe droite qui s’appelle Gabriel, la jupe évasée qui s’appelle Dany, la jupe plissée qui s’appelle Margaux” (tu noteras d’ailleurs que certains de ces modèles portent également un nom masculin, toujours dans cette idée de sortir du cadre). “Ces modèles existaient déjà en soi. Ce que je veux c’est que la personne qui achète soit engagée et qu’on l’écoute. Elle va choisir son modèle, son tissu”. Ça aussi, c’est vraiment quelque chose qui m’a beaucoup séduite dans l’aventure entrepreneuriale d’Asefeh : la façon dont elle propose de vivre l’expérience d’achat ou plutôt d’habillement avec sa marque. Elle réfléchit les choses sur l’humain, le singulier, le personnel. “Tout d’abord, on me contacte, ça ne se passe que sur rendez-vous. J’aime prendre mon temps avec ma cliente pour qu’elle même prenne le temps. On voit quel modèle lui convient, je prends la mesure et ensuite elle choisit comme je le disais le modèle et le tissu. Ensuite, je dessine le patron et je découpe sur toile. Puis lors d’un deuxième rendez-vous sur toile pour voir le tomber. Et là à ce moment là, on va faire la jupe sur ce tissu avec mes façonniers. En général, toute l’expérience va durer 3 semaines”. Je t’en avais déjà parlé sur Instagram après notre tout 1er café avec Asefeh, elle a pensé l’expérience Guiv en hommage au travail des tailleurs du 19ème et 20ème siècle qui recevaient leurs clients un à un dans leur atelier et prenaient le temps de discuter avec eux pour leur confectionner le vêtement qui leur correspondait vraiment.

Là aussi, il y a un retour aux origines finalement, mais cette fois un retour aux sources de la mode, loin de ses années passées derrière un bureau. “Je trouvais dommage qu’il n’y ait pas ce concret dans les emplois dans la mode. Ça fait à peu près 3 ans que ça me travaille ce retour au concret, avant même mon année de pause”. Ce qu’on se disait avec Asefeh, c’est que durant toutes ces années, elle a su vendre des vêtements mais elle aurait peut-être mieux les connaître, pouvoir connaître chaque instant de leur confection. “Lorsque j’arrive dans les atelier, je retourne la jupe pour regarder comment est l’intérieur, ça se fait beaucoup en haute couture. Ce que je dis à mes façonniers, c’est justement que l’intérieur doit être aussi beau et élégant que l’extérieur. Je veux que ce soit beau visuellement mais aussi pour la personne qui le porte. D’où la doublure en soie, juste pour cette sensation que l’on a quand on en porte. On me dit que je suis folle de mettre autant d’argent sur la doublure alors que ça ne se voie pas. Mais j’avais envie de faire ça”. Là encore on revient à cette vision de la mode qu’Asefeh veut porter, ne pas faire de la mode pour faire de la mode mais véritablement proposer ce qu’elle disait en tout début “du bien aller”. C’est très symbolique finalement sur l’idée même de la beauté, celle qu’elle veut transmettre. Tu as la beauté extérieure que l’on observe et intérieure que l’on ressent. “C’est la réflexion que je me suis faite lors de cette année de pause : on ne prend pas assez le temps de se regarder, de s’écouter, de consommer plus intelligemment, pour soi”.

Guiv est la marque de jupe sur mesure fondée par Asefeh, l’entrepreneure de la vraie vie invitée cette semaine dans La Vraie Dose

Guiv est la marque de jupe sur mesure fondée par Asefeh, l’entrepreneure de la vraie vie invitée cette semaine dans La Vraie Dose

Je lie toujours à la mode à l’esprit. Ce n’est pas de la mode pour faire de la mode. J’ai aussi envie de créer mon entreprise pour être dans l’histoire du vêtement, dans le pourquoi”

C’est le moment de la conversation qui me semblait le mieux choisi pour demander quelle était la thématique de sa vie entrepreneuriale qu’elle avait décidé d’aborder avec toi (chaque semaine, comme je te le disais plus haut, l’entrepreneur de la vraie vie invité dans LVD présente son aventure humano-entrepreneuriale sous le prisme de son “sujet de coeur”). “Mon thème c’était : j’ai choisi de créer mon entreprise pour être en phase avec mes valeurs. Qu’elles soient bonnes ou pas bonnes finalement, au moins j’ai décidé de faire ça”. J’adore cette deuxième phrase qui laisse entendre une subjectivité des valeurs. D’ailleurs Asefeh ne voulait vraiment pas dépeindre un portrait manichéen de l’industrie de la mode avec les méchantes grandes entreprises et elle en super sauveuse avec une toute nouvelle entreprise. Elle a aimé ces années passées à travailler pour d’autres marques, elle reconnaît leurs challenges. Je crois qu’à un moment, elle a simplement eu besoin de créer la marque qui répondait à ses valeurs à elle, sans forcément revendiquer un retournement total de l'industrie. Pour l’anecdote, elle m’a beaucoup répété pendant notre entretien “je n’aime pas revendiquer”. Elle préfère agir de façon singulière et c’est finalement assez logique qu’elle bâtisse un projet qui s’adapte aux envies et besoins de chacun.

La première des premières des valeurs que j’ai voulu mettre au coeur de Guiv, c’est le fait d’être soi-même. C’est pour ça que j’ai choisi le sur-mesure. Avoir des tailles standards, pour moi c’est rentrer dans des cases en fait”. Elle t’en parlait déjà plus haut (c’est toute la subtilité de ce sujet, c’était bien difficile de ne pas entrer dans la thématique dès la présentation de son projet). Elle a à coeur de proposer à chaque personne, la jupe en est l’outil, de consommer pour lui en réfléchissant à ce qu’il est et surtout à ce qu’il veut. “Le deuxième gros sujet pour moi, c’était vraiment la qualité. Je voulais proposer un produit de luxe. Or, pour moi, le luxe passe par la qualité et la transparence”. Et c’est très intéressant ce mot “transparence”, cette volonté d’offrir une expérience limpide, c’est une belle résonance avec la personnalité d’Asefeh. “La transparence c’est la franchise en fait. Tu vois, ça se rejoint. J’ai toujours été franche même si on m’a souvent dit que c’était un défaut. Pourtant, je me dis que si je suis née, c’est qu’il fallait que je sois là, comme ça”. Clairement, pour t’aider sur le chemin de croix qu’est l’amour de soi (tu sais ce truc qui n’est déjà globalement pas facile à manager et quand tu entreprends ça te saute complètement à la poirounette), je crois que la lecture d’Asefeh sur sa propre personnalité est très inspirante.

À ce moment là, on a justement envie de creuser cette idée d’être dans le moule qui fait aussi bien écho avec la personnalité que l’on nous demande d’avoir et la mode que l’on nous demande de suivre. “Moi, de toute façon, j’ai un souci avec les moules [rires]. Dans mon domaine, j’en avais vraiment marre de ces moules. Dans la mode, quand tu lances une collection, tu fais une grande réunion avec tous les partenaires. Tu es devant 200 personnes et à ce moment là, je me sentais étriquée. Je n’étais pas moi-même, je n’étais pas en phase”. Ça aussi, c’est peut-être l’histoire de beaucoup d’entrepreneurs qui choisissent d’entreprendre dans le secteur dans lequel ils étaient salariés. C’est difficile d’être vraiment soi-même, de défendre une vision très individuelle de sa propre industrie quand on a une jolie place bien définie dans un écosystème, que l’on fait partie d’un tout dont on doit assurer l’harmonie pour que tout continue à tenir.

Je lie toujours à la mode à l’esprit. Ce n’est pas de la mode pour faire de la mode. J’ai aussi envie de créer mon entreprise pour être dans l’histoire du vêtement, dans le pourquoi”. En fait, c’est vrai qu’on a beaucoup parlé depuis le début de cette lettre, de la raison d’être de son projet, du fait d’aller vers ses valeurs. Au delà même de dire quelles sont les valeurs que l’on veut mettre dans son projet, et là encore c’est un questionnement qui peut résonner plus globalement pour tous les entrepreneurs (ou aspirants), le premier sens de créer sa marque c’est juste de réfléchir au “pourquoi” de cette fameuse marque. La pensée que l’on avait avec Asefeh, et c’est peut-être justement là où elle s’est sentie étriquée, c’est que c’est peut-être devenu trop frustrant pour elle de ne pouvoir être que dans le “comment”, dans “l’exécution”.

Une jupe Guiv, la marque de jupe sur mesure fondée par Asefeh

Une jupe Guiv, la marque de jupe sur mesure fondée par Asefeh

“Faut laisser le temps au projet de venir car il arrivera au bon moment. Je voulais entreprendre par rapport à mes valeurs et faire quelque chose que j’aime”

Et ce fait d’exécuter sans vraiment pouvoir agir, il y a un moment où ça a pesé trop fort sur la vie professionnelle d’Asefeh. “Il y a un moment où je suis devenue exécrable. Pendant ces 15 ans, j’allais toujours au bureau avec le sourire car j’adorais ce que je faisais. Et là, je sentais qu’il y avait un truc. Je me suis dit que l’on ne vivait qu’une fois et qu’il n’était pas question d’aller au bureau à reculons. J’ai compris qu’il fallait que j’arrête”. Asefeh me confiait que c’est d’abord son entourage qui a donné l’alerte avant qu’elle même ne le réaliste. Il y a eu ce moment où elle n’a plus eu l’impression d’être elle-même. “En quittant cette ville et ce job, je me suis donnée du temps. Avant, c’était hors de question. Si je passais une journée sans rien faire c’est que j’avais perdu ma journée. Là, petit à petit, j’ai eu envie de profiter de mon fils et de faire du yoga alors j’ai décidé de faire du yoga avec lui. Au début, je me suis dit que je n’allais pas y arriver, que le calme ce n’était pas mon truc”. Et c’est justement à ce moment là qu’Asefeh a commencé à quitter l’action permanente, le rythme effréné, le “comment” pour (re)trouver le silence, la douceur, le recul, le “pourquoi”. Au passage, c’est peut-être à ce moment là aussi qu’elle a quitté le royaume du “ce n’est pas moi” / “ce n’est pas mon truc” / “je ne suis fait-e pour ça”.

Parfois on a peur de se retrouver, de réfléchir. Là encore ça rejoint cette idée de faire les choses plus en réflexion y compris dans la consommation”. Même sur ça, Guiv rend hommage à tout ce cheminement qu’elle a pu accomplir avant ce projet. Il y a ses origines, ses valeurs les plus profondes mais dans sa marque il y a aussi ce qu’elle est devenue, ce qu’elle a appris à être et qu’elle veut justement donné aux autres. Elle me disait d’ailleurs que si la mode allait si vite, c’était aussi pour ne pas laisser le temps aux gens de savoir concrètement ce qu’il voulait acheter juste en étant eux-mêmes, singulièrement. “Après, je me suis mise à adorer le yoga. Et quand tu apprends à écouter ton souffle, c’est un apprentissage. J’ai appris à m’écouter. J’ai lu à côté des livres de développement personnel. J’ai toujours cru que j’étais très forte et ça typiquement, je pense que c’est un signe pour se dire qu’il faut s’écouter davantage”.

C’est ainsi que son projet est venu à elle très naturellement. Elle a d’abord eu besoin de se retrouver avec elle-même, d’enlever ce masque de dame de fer qu’elle avait construit pour comprendre vraiment quelle était la carrière qu’elle voulait s’offrir. “Pour une fois, je me suis dit : tu ne vas pas te presser. Tu vas attendre que le projet vienne à toi. J’ai toujours eu plein d’idées mais je me suis dit que j’allais me reposer pour laisser ma tête libre et vide”. Elle a voulu éloigner le brouhaha, les alertes permanentes pour identifier le vrai bon projet. “Je ne l’aurais jamais cru mais c’est venu d’un coup. Ça a mis 1 an et étonnement ça m’est apparu comme une évidence. Faut laisser le temps au projet de venir car il arrivera au bon moment. Je voulais entreprendre par rapport à mes valeurs et faire quelque chose que j’aime”.

Ce qui est très joli dans ce fameux déclic entrepreneuriale qui met une demi-plombe à venir (on le connaît bien celui-ci dans la LVD family), c’est qu’elle en a profité aussi pour construire les bases d’une aventure entrepreneuriale plus sereine, plus bienveillante. “C’est la première fois de ma vie que je me suis dit que si c’était un échec, et bien ce serait un échec. Avant, je voyais l’échec comme une honte. Et c’est ça qui faisait que je ne me lançais pas car je voulais que tout soit parfait avant d’essayer. Si mon site n’est pas parfait, et bien je le lance quand même. Si mon produit n’est pas exactement comme je l’imagine, et bien je laisse quand même. Puis je peaufinerais avec le temps”. Je crois que le jour où tu finis par trouver cette clé là, cette indulgence face à l’échec, t’es définitivement prêt-e pour te lancer dans l’aventure entrepreneuriale pour de vrai. “Chanel n’est pas devenu Chanel en un jour. Ça peut paraître un peu prétentieux de se comparer ainsi mais je me suis dit qu’il fallait toujours se comparer avec les gens tout en haut pour garder la tête haute. C’est mon père qui m’a élevée comme ça et c’est ce que je dis souvent à mon fils d’ailleurs”.

C’est sur cette philosophie familiale qu’est venu se clore ce joli et précieux papotage avec Asefeh. J’ai adoré son côté franc, son envie de défendre ses valeurs sans être dogmatique. Je crois qu’il y a dans son envie d’entreprendre, l’idée de prendre sa place et de donner aux autres la chance de trouver la leur, y compris en réfléchissant à leur façon de se vêtir. Je voudrais dire un grand merci à Asefeh pour sa présence dans la LVD family déjà (j’ai trouvé ça craquant qu’elle me dise que ça allait lui faire très bizarre de lire cette newsletter car sa petite habitude du lundi était normalement de se mijoter son café pour découvrir un parcours de la LVD family). Surtout, je crois que tu seras d’accord avec moi, je voulais lui dire un immense merci pour ce beau sujet qui dit beaucoup d’elle et pour le recul humano-entrepreneurial qu’elle a su nous faire déguster. Alors pour ne pas changer notre petit rituel, la dernière ligne sera donc un gros coucou sur le site internet de Guiv et la page Instagram @Guiv.Paris, sur lesquels tu pourras suivre les aventures d'Asefeh et de ce beau projet !

🔥LE CHALLENGE DE LA SEMAINE PROPOSÉ PAR ASEFEH : Prendre du temps pour te permettre de trouver une activité qui va t'aider à t’écouter 🔥 

Lorsqu’est venu le moment fatidique pour Asefeh de te proposer un challenge, elle est un peu bloquée. Je lui dit alors qu’elle pourrait par exemple te dire d’essayer le yoga mais elle ne le sent pas comme ça. “Je n’ai pas envie d’imposer, j’ai envie que les gens fassent ce qui leur fait plaisir”. Et on revient toujours à cette histoire de mode qui ne prend pas le temps d’offrir du recul, bien au delà de l’habillement “Maintenant, le yoga est devenu tendance. Il ne faut pas faire du yoga parce que tout le monde en fait mais vraiment si ça te parle”.

Finalement, Asefeh a décidé simplement de découvrir une activité mais sans t’en indiquer une précisément. “Le plus important, c’est de s’écouter. Ça, ça te donne une force qu’aucune armée ne pourrait avoir”.

💖 LA VRAIE PÉPITE DE LA SEMAINE 💖

La Vraie Pépite d'Asefeh, qui a changé son aventure entrepreneuriale, c'est un podcast : "Entreprendre dans la mode" d'Adrien Garcia

Pourquoi cette pépite ? 

Asefeh est une grande adepte des podcasts : “Ce qui me dérange dans l’entrepreneuriat c’est d’être seule. Et les podcasts te donnent presque l’impression d’avoir des collègues”.

Alors, si elle devait te proposer d'en écouter un là tout de suite, ce serait Entreprendre dans la mode “Ce que j’aime dans ce podcast, c’est que très vrai. C’est un média qui parle de mode dans lequel je me reconnais. Je pense vraiment que c’est un podcast à écouter lorsque tu veux entreprendre, parfois d’ailleurs il te met face à tes responsabilités. J’y ai vraiment trouvé plein de réponses”.


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Sarah François