[LVD 55] "Je suis entrepreneur et dyslexique" - Yola - Yola Conseil

La Vraie Dose 55 : “Je suis entrepreneure… et dyslexique”

La Vraie Dose 55 : “Je suis entrepreneure… et dyslexique”

“À 10 ans, j’ai vu un défilé et j’ai dit ‘c’est ça que je veux faire’. À 12 ans, j’ai commencé à dessiner vraiment et j’essayais de vendre à ma boulangère des dessins que je faisais. À 16 ans, je voulais créer une marque pour les femmes rondes”.

Bon, alors je ne vais pas te faire de courbettes : clairement la préparation de cette newsletter a été de loin la plus lacrymale de l’histoire de La Vraie Dose (et c’est dire car certains des derniers épisodes de LVD avaient déjà envoyé du lourd en terme de pleurnicheries). Encore une fois, c’est l’histoire d’une rencontre humano-entrepreneuriale qui dépote. J’ai fait la connaissance de Yola il y a plusieurs mois et j’avais bien envie qu’elle m’accompagne le temps d’une newsletter pour raconter un peu son cheminement. Je dois t’avouer que je n’étais pas certaine qu’elle accepte car sa sensibilité légendaire aurait pu la rendre un peu cachotière. Mais je crois qu’elle a eu confiance : en toi, en moi et surtout… en elle. Elle a choisi un sujet de coeur, un sujet “tribune”, on y reviendra plus bas. Surtout, je la vois de mois en mois déployer ses ailes et sentir à quel point elle a vraiment quelque chose à apporter à ce monde (oui ma couronne de miss entrepreneuriat bisounours 2019 se porte bien merci). Alors, j’ai eu envie d’ancrer tout ça dans le marbre (inspirationnel) de la LVD family. Encore une histoire qui vient rajouter du grain à moudre à toute notre affaire d’entrepreneuriat pluriel !

Pour commencer, je laisse donc la parole à Yola qui va te raconter son parcours (celui d’avant la vie entrepreneuriale, celui qui ne pitche pas le projet en mode autopromo mais qui exprime la vie d’une humaine tout simplement). “À 10 ans, j’ai vu un défilé et j’ai dit ‘c’est ça que je veux faire’ . À 12 ans, j’ai commencé à dessiner vraiment et j’essayais de vendre à ma boulangère des dessins que je faisais. À 16 ans, je voulais créer une marque pour les femmes rondes”. Dans les métiers des entrepreneuriats, on appelle ça une “entrepreneure qui n’est pas là pour être ici”. Elle fait partie de ces admirables membres de la LVD family, qui étaient déjà très au clair sur leurs ambitions entrepreneuriales (ce qui est déjà au dessus de la moyenne des entrepreneurs comme moi qui se découvrent leurs pulsions entrepreneuriales au détour de la crise de la 25aine) et carrément au clair sur le secteur d’activité dans lequel ils veulent se lancer.

Je me suis retrouvée en lycée pro avec des profs très compétents. Cependant, certains étaient réellement dans le jugement, nous expliquant que l’on était la lie de l’humanité, que l’on allait finir sous les ponts”. Et là, en bonne Jeanne-Micheline Candide que je suis, je lui réponds “Pourquoi, parce que vous étiez des créatifs ?”. J’étais hors sujet ! “Nan parce que l’on avait choisi le lycée professionnel et que c’était mal vu, que c’était une voie de garage”. Voilà, voilà, la vision des métiers manuels en France. Des adolescents avec des ambitions de carrière qui choisissent donc volontairement une voie professionnalisante, foutaise !

“Après l’obtention de mon CAP-BEP-BAC pro couture, je pars finalement vers une carrière dans le social pendant 4 ans : animatrice et directrice en centres de loisirs et centres de vacances pour personnes avec un handicap mental”. Après l’obtention de son diplôme en couture, Yola ne se laisse pas spécialement séduire par les possibilités professionnelles qui s’offrent à elle dans le secteur. Et puis, en parallèle, ses compétences humaines et professionnelles se précisent “On me répétait très régulièrement que je devrais faire assistante sociale, on m’avait bourré le crâne avec ça depuis très jeune. J’aimais bien aider les gens, les écouter. Ça c’est mon côté dyslexique : lorsque l’on rencontre des difficultés, soi, on est plus en empathie face aux difficultés des autres”. On voit là déjà apparaître l’impact de sa dyslexie sur les choix et les talents professionnels de Yola. Et cela aura bien entendu un impact sur son chemin entrepreneurial, un peu plus tard.

“Après ces 4 années, j’ai trouvé une école sur Paris (j’étais à Lyon) qui proposait un cursus de 2 ans en contrat de qualification. J’essayais vraiment de trouver un marche pied pour rentrer dans le milieu de la couture, ce secteur extrêmement clos, extrêmement fermé.”. La grande aventure parisienne démarre pour Yola et elle en profite pour se réconcilier avec ses rêves d’adolescente pleine d’ambitions entrepreneuriales et créatives. “Je suis rentrée au Sentier dans une entreprise de vêtements grande taille. Je suivais ma ligne directrice. Après 2 ans, j’ai eu mon diplôme de styliste modéliste. J’ai continué au Sentier en tant que modéliste et patronière. Ensuite, j’ai choisi de devenir technicienne produit”. Comme chaque semaine, on découvre toi et moi un nouveau métier à chaque entrepreneur-e rencontré-e, je te propose un petit arrêt point info trafic : ‘Technicienne produit ? Tu vois les modes d’emploi Ikea ? Moi je faisais les modes d’emploi pour ceux qui fabriquent les vêtements”.

Yola est l’entrepreneure de la vraie vie invitée de La Vraie Dose 55

Yola est l’entrepreneure de la vraie vie invitée de La Vraie Dose 55

Crédits photo http://www.rachelsaddedine.com/

“J’ai fini par créer la fameuse marque de vêtements grande taille. À un moment donné, je me suis dit que j’allais quand même tenter, pour pouvoir aboutir ce que j’avais appris”

“J’ai toujours voulu être actrice de ma vie professionnelle, construire une carrière dans laquelle je puisse m’épanouir. J’ai fait des choix volontairement osés, j’ai démissionné, bon j’ai été licenciée économiquement deux fois aussi. J’ai fait beaucoup d’interim pour découvrir plein de façons de travailler différentes. J’ai voulu me nourrir et apprendre de ce secteur qui est vaste en utilisant mes talents et mes compétences”. Et là tu sens poindre très rapidement le profil de l’entrepreneure en devenir qui va bientôt se lancer à fond les ballons. “Ça n’a pas été toujours simple de choisir la liberté, de refuser des choses, de m’embarquer là où j’en avais envie. J’ai été blacklistée plusieurs fois. Enfin, on ne te dit pas que tu es blacklistée, on ne t’appelle juste plus ! Je l’ai vécu comme une opportunité de faire d’autres choix, d’apprendre à faire d’autres choses, autrement. Et puis, comme je suis l’avantage de mes choix, après quelques années ils finissent par rappeler”.

Et donc à force d’être déterminée et audacieuse, voilà ce qu’il finit par arriver, le drame d’une vie : Yola se lance pour la 1ère fois dans l’entrepreneuriat. “J’ai fini par créer la fameuse marque de vêtements grande taille. À un moment donné, je me suis dit que j’allais quand même tenter, pour pouvoir aboutir ce que j’avais appris”. Petit souci de timing cependant le rêve de petite fille a fait une rencontre un peu houleuse avec un odieux personnage nommé la crise économique de 2008. “Moi, j’avais fait une étude de marché pour une boutique physique. Evidemment, avec la crise des subprimes, je me suis dit que j’allais plutôt faire une boutique en ligne. Sauf que du coup, je n’ai pas refait l’étude de marché, je ne connaissais pas les boutiques en ligne. Grosse erreur ! J’ai tatonné et ça n’a pas fonctionné comme je voulais. Au bout d’un an, j’ai déposé le bilan car je ne le sentais pas”.

Ça aurait également pu être notre sujet du jour pour cette newsletter consacrée au parcours humano-entrepreneurial de Yola : gérer psychologiquement un 1er rêve entrepreneurial avorté. “J’ai passé de mes 16 à 33 ans à rêver de ça, je l’ai fait mais je n’ai pas réussi. Du coup, grosse remise en question, grosse déprim’ qui s’est étalée sur plusieurs années. Avant même le dépôt officiel de bilan, je suis retournée en entreprise. J’envoyais mes derniers colis en même temps que je reprenais mon boulot de salariée”. Comme tu peux l’imaginer, les entrepreneurs aimant d’amour les happy endings enguimauvées, Yola réalise aussi tout ce qu’elle a pu retenir de cette première expérience très intense : “Ça m’a appris que je ne referais pas les choses sous cette forme là. Je ne supporte pas l’attente de la vente, c’est quelque chose qui est insupportable pour moi. J’aime être dans l’action. La partie commerciale avec les particuliers ne me convient pas pour ça”. À ce moment là, elle récupère dans son baluchon une sacrée ressource qui lui sera bien utile pour la suite : elle a compris qui elle voulait être en tant qu’entrepreneure et surtout quelles étaient les projets qu’elle a envie de défendre.

“Pendant mes dernières années, à côté de mon boulot de salariée, les gens venaient vers moi (étudiants, employés, aspirants entrepreneurs) pour me demander comment rentrer dans l’univers du textile, comment travailler dedans, comment on trouve ses partenaires. Très souvent, les gens s'aperçoivent de tes talents et de tes compétences bien avant toi.”

Puis, bon après une délicieuse phase de digestion psychologique, comme dirait Yola “on ne fait pas d’un chat, un chien”. Elle vient donc de se relancer dans la 2ème aventure entrepreneuriale de sa vie avec une dizaine d’années d’expérience professionnelle supplémentaires et une vision un peu plus pragmatique de la création d’entreprise. “Le déclic a été un ras le bol monstrueux il y a deux ans. J’avais vraiment fait le tour de ce que je pouvais faire avec mes talents dans cette industrie”. Elle sent sincèrement une forme de lassitude professionnelle s’installer, elle se sent comme emprisonnée. Puis, elle voit aussi, au coeur de son secteur les conditions de travail et la qualité se dégrader. Elle a envie de donner autre chose, de se donner autrement à ce secteur du textile qui l’attirait tant quelques années auparavant.

“Pendant mes dernières années, à côté de mon boulot de salariée, les gens venaient vers moi (étudiants, employés, aspirants entrepreneurs) pour me demander comment rentrer dans l’univers du textile, comment travailler dedans, comment on trouve ses partenaires”. Bien entendu, Yola n’avait pas forcément vu les choses venir. Ce nouveau métier de consultante s’est improvisé dans sa vie, sorte d’oeuvre faite maison de la loi de l’attraction. “Très souvent, les gens s'aperçoivent de tes talents et de tes compétences bien avant toi.” C’est ainsi que Yola a pu accompagner des étudiants à trouver un premier job dans l’industrie ou encore des entrepreneurs en reconversion. Puis au bout d’un moment, quand pas mal de gens sont venus vers elle pour glaner des conseils, sans même se concerter les uns les autres ou attendre que Yola ose s’affirmer en tant que consultante pour les métiers de textile (quelle folie), ça a fini par faire des chocapics® dans son cerveau entrepreneurial.

“Pendant cette période de 10 ans où j’ai aidé des gens qui ne connaissent pas le secteur, j’ai notamment travaillé avec un kiné, qui m’a demandé de lui faire une ligne complète, en tant que styliste-modéliste là. Il souhaitait créer une ligne de vêtements pour bébés à destination des parents déficients visuels et aveugles. Je l’ai beaucoup aidé sur la conception, le relationnel, les dossiers techniques, le patronage, le sourcing des produits. Résultats des courses : ça fait 10 ans que son entreprise est créée et qu’il a le monopole en France (modèles déposés à l’INPI)”.

Cette histoire, Yola tenait absolument à te la raconter car elle y tient tout particulièrement. “D’abord, j’ai adoré faire tout ça. Surtout, c’est en partie grâce à ce genre de rencontres que je me suis dit ‘tiens c’est quelque chose que je peux faire en tant qu’entrepreneure’. Je ne m’en suis jamais vantée et pourtant ça a compté. Une de mes motivations est de ressentir à nouveau ce que j’ai ressenti quand j’ai participé à la création de cette marque”.Globalement, elle a été la bonne fée d’une jolie histoire, une marque porteuse de sens et ça lui dirait bien de renouveler l’expérience !

C’est ainsi que Yola s’est lancée : “La façon la plus simple avec laquelle j’explique ce que je fais aujourd’hui est que j’aide les gens à rentrer dans le textile. Ça peut être des étudiants sortis de l’école qui cherche un 1er job, des employés du textile qui veulent changer d’emploi sans changer de secteur, monsieur-madame tout le monde qui veulent créer une marque tout en ne connaissant pas le textile”. Quand tu mixes la passion d’une vie pour l’univers du textile avec plusieurs décennies d’expérience professionnelles diverses au compteur, quelques années dans le social comme symbole de l’empathie naturelle de Yola, une débrouillardise créative qui déchaîne la loi de l’attraction et une première expérience entrepreneuriale avec un maximum d’apprentissages garantis, bah je peux honnêtement te le dire : ça donne “Yola Conseil”, l’entreprise de conseils pour les métiers du textile créée par Yola !

“Je pense que c’est une opportunité que tu m’offres de crier au monde entier que ce serait intéressant d’arrêter de penser que c’est parce qu’on a un handicap qui ne se voit pas, que ce n’est pas une souffrance. La dyslexie fait beaucoup souffrir lorsque l’on est enfant. Et pas que”.

Bon maintenant que le décor est bien bien bien posé (comment ça on a changé de jour depuis le début de ta lecture ?), il est temps d’aborder notre thématique du jour choisie par Yola en personne : l’entrepreneuriat et la dyslexie. Je dois t’avouer que j’ai volontairement laisser la discussion s’éterniser sur toute la partie “parcours de vie de Yola” pour que tu puisses apprendre à la connaître elle avant tout. Elle a quand même une solide expérience qui mérite d’être lue et j’ai l’impression que ça te permettra de mieux t’imprégner de qui elle est. Puis, je ne vais pas te cacher que je ne voulais pas tomber dans les clichés (dont on va te parler un peu plus bas) : “ah oui Yola c’est la nana qui était venue parler de la dyslexie là”. Non, Yola c’est la talentueuse consultante en textile qui est venue parler de sa passion tumultueuse pour ce secteur, de la création de ses deux entreprises, de ses ambitions nées au collège ou de ses talents de commerciale éprouvée sur sa boulangère. Puis, en effet, on peut aussi mentionner qu’elle a fait confiance à la LVD family pour parler de dyslexie et d’entrepreneuriat, un sujet qui lui tient à coeur (quelques kleenex ont malheureusement été maltraités lors de cet entretien) et sur lequel elle avait de vrais messages à transmettre. Voilà, je pose ça là !

Alors pourquoi donc Yola a-t-elle voulu nous parler de la dyslexie au coeur de son aventure entrepreneuriale ? Lorsque j’ai proposé à Yola d’être l’entrepreneure invitée le temps d’une vraie dose, elle s’est laissée le temps de réfléchir avant de venir vers moi avec ce sujet là. Elle avait “un peu peur”, elle a longtemps dissimulé sa dyslexie dans sa vie professionnelle. “Pendant tout ce parcours là, dans aucun collège, aucun lycée, aucune formation, aucune entreprise, je ne révèle à personne que je suis dyslexique”. Nous rentrons donc pieds joints dans le vif du sujet, le handicap qui sera en fil rouge de toute l’histoire de Yola. !

Yola et sa Dyslexie ont pourtant longtemps entretenu une sorte de relation de type “-Je fais partie de ta vie, -Moi non plus“. Elle a par exemple dissimulé son handicap bien minutieusement pendant de très longues années “Les rares personnes qui le savent sont les personnes en lesquelles j’ai une grande confiance. Je sais qu’elles ne vont pas utiliser cette information contre moi”. Et là, toi, comme moi nous avons envie de comprendre pourquoi Yola a fait délibérément ce choix. “Déjà, je ne voulais pas que l’on ne me prenne en pitié. Je ne voulais pas être estampillée comme la pauvre petite chose et que toutes mes problématiques soient tournées autour de ça, que ce soit l’excuse à deux balles qui leur auraient permise de penser que j’étais bonne à rien”. La merveille et douce case d’apitoiement dans laquelle tu n’as pas envie de t’asseoir bien sagement en attendant de voir passer la prochaine occasion qui te filera sous le nez parce que “bah nan toi tu peux pas tu comprends”. Cacher sa dyslexie, notamment durant son parcours scolaire (à l’école de la république française mesdames et messieurs) n’a pas dû être une mince affaire. Et en même temps, ça dit beaucoup de choses sur la perception des (oui des) handicaps dans notre société actuellement. Ça fait réfléchir aussi à ses regards compatissants que l’on doit forcément tous se servir les uns aux autres perpétuellement et qui ne sont peut-être pas la meilleure voie pour appréhender les parcours des uns et des autres justement.

Et sachant tout ceci, Yola a quand même souhaité aborder le sujet de la dyslexie au coeur de son aventure entrepreneuriale dans une newsletter qui sera envoyée à plus de 1000 personnes (non je n’ai toujours pas rangé les cotillons) et qui sera ensuite disponible pendant un bon bout de temps sur les internets. Alors pourquoi ? Pour passer un vrai bon gros message : “Je pense que c’est une opportunité que tu m’offres de crier au monde entier que ce serait intéressant d’arrêter de penser que c’est parce qu’on a un handicap qui ne se voit pas, que ce n’est pas une souffrance. La dyslexie fait beaucoup souffrir lorsque l’on est enfant. Et pas que”.

Je ne te cache pas qu’à ce moment là de la conversation, les larmes commencent à couler des deux côtés de la table. Et que là du coup en réécrivant tout le schmilblick du haut de mon clavier, je ne suis pas très à l’aise non plus. Parce qu’on est bien sûr sur une ambiance de vraie dose d’énergie entrepreneuriale mais aussi de réalité. Et ça aurait été vachement sympa d’écrire une newsletter en 30 secondes “c’est formidable car la dyslexie, ça m’a appris à savourer ma différence et maintenant je m’aime donc je suis une entrepreneure géniale bisous”, parce que la vie c’est un petit peu plus compliquée que ça. Puis si je te parle tout le temps d’aventure humano-entrepreneuriale, c’est avant tout pour mettre en avant le fait que l’on arrive tous dans le joyeux monde des entrepreneuriats avec nos vécus. Et entre nous, du coup oui, on se met donc à entreprendre avec nos qualités et nos compétences mais surtout avec nos défauts à gérer et nos blessures à panser. D’ailleurs, et c’est la première fois que ça m’arrive depuis qu’il y a des entrepreneurs invités dans La Vraie Dose, Yola est venue avec des notes car elle voulait vraiment bien transmettre son message. D'ordinaire, je ne sais pas si j'aurais été partante (rapport à la spontanéité de la conversation). Mais là, je sais à quel point les notes de Yola étaient précieuses, à quel point elle en avait besoin comme une feuille de route pour faire passer le message qu'elle voulait malgré l'émotion.

Yola souhaitait donc mettre en lumière le quotidien professionnalo-entrepreneurial qu’est le sien : “Rédiger un CV, taper un mail, envoyer une lettre à un organisme, lire et comprendre des formulaires, tout ça c’est une galère”. Yola a du apprendre à jongler avec sa dyslexie en improvisant complètement. “La dyslexie est un handicap méconnu, on ne sait pas clairement d’où il vient ce qui rend très difficile sa prise en charge. Et à rééduquer. Je déteste ce mot ‘rééduquer’, comme si l’on était tellement… qu’il fallait nous…”. Je préfère cette phrase comme ça telle qu’elle a été prononcée par Yola. En effet, elle appelle pas mal la réflexion, cette fois non pas sur le regard que l’on porte sur ce handicap mais sur les termes que l’on utilise pour parler de ses défis.

“Ma dyslexie m’embête énormément notamment dans la production d’écrit : c’est bourré de fautes de toutes sortes”. Et bien sûr, dans le monde de la dyslexie comme dans le monde des entrepreneuriats, Tonton Jean-Mi (personnage de LVD chargé d’incarner ces humains merveilleux toujours prêts pour une réflexion désobligeante ou une question piquante entre le fromage et le dessert)  sont toujours au rapport “On m’a déjà fait la remarque : cela ne fait pas pro. [rire] Avec la voix de Jean-Mimi” Je te jure que c’est Yola qui a parlé de Jean-Mi en 1ère, elle est accroc aux personnages LVD que veux-tu ! “J’en ai conscience mais c’est aussi important d’être moi avec mes fautes et si mes idées sonnent justes c’est le principal. Les personnes qui ne me jugent que sur mes fautes d’orthographe et ne veulent pas travailler avec moi, c’est une bonne chose. C’est que ces personnes n’ont pas les mêmes valeurs que moi et que de toutes les façons, je ne voudrais pas travailler avec eux”. Merci la dyslexie pour le tri dans l’entourage entrepreneurial qui ne fait jamais de mal. Dans le fond, c’est un excellent curseur pour tester la capacité d’ouverture d’esprit et de concentration sur le fond du sujet plutôt que sur la forme de potentiels partenaires.

“Pour déconstruire ce schéma, cela peut prendre une vie. En plus de toutes les difficultés liées à la dyslexie, le doute de soi est quasi impossible à éviter et mange énormément d’énergie”.

“Ça c’est plus drôle [elle lit ses notes]. Voilà comment je vois les mots : mon cerveau voit les mots et les phrases à l’envers comme dans un miroir. Par un effort de rééducation, je ne sais pas comment le dire autrement, que j’ai suivie pendant une trop courte année avec une orthophoniste, j’ai réussi à avoir l’information dans le bon sens mais cela me nécessite beaucoup plus d’effort et de temps que pour quelqu’un qui n’est pas dyslexique. La notion de fatigue est très importante dans la dyslexie”.. Il y a une véritable énergie à déployer au quotidien pour de nombreuses tâches qui impliquent la lecture ou l’écriture. “Dès que je suis un peu fatiguée, les mots se retrouvent à nouveau à l’envers. Souvent, le soir, des syllabes entières sont à l’envers. Du coup souvent j’invente des mots [rire]”. Là on réalise à quel point Yola doit anticiper énormément de choses dans son quotidien d’entrepreneure pour pouvoir tenir la cadence. Rappelons bien entendu que le quotidien d’entrepreneure est connu pour sa capacité à être facilement anticipable et là on a une douce idée de sa charge mentale entrepreneuriale quotidienne en “bonus”.

Un autre défi amené par la dyslexie et encore une fois très méconnu (pour changer) : un manque criant de confiance en soi. Repartons donc à nouveau à la découverte de l’enfance tumultueuse d’une entrepreneure de la LVD family “Quand on est petit, que la maîtresse vous demande de faire des activités, que vous vous appliquez à fond et que vous avez tout faux et que le môme assis à côté de vous y arrive 10 fois mieux que vous... Là se nichent la peur, la haine, la colère et l’incompréhension totale sur votre propre personne. Alors, vous n’avez pas confiance en cette personne qui ne réussit pas les choses les plus simples”. Yola a aujourd’hui 43 ans et c’est sincèrement un démon du passé avec lequel elle fricote toujours : “Pour déconstruire ce schéma, cela peut prendre une vie. En plus de toutes les difficultés liées à la dyslexie, le doute de soi est quasi impossible à éviter et mange énormément d’énergie”.

“Ma dyslexie a développé une grande créativité devant des problèmes concrets. D’où le fait d’être en mode ‘il y a un problème, je le résous assez vite !’ ”

Maintenant que l’on a bien affirmé toutes les peurs, toutes les difficultés, toutes les méconnaissances liées à la dyslexie, Yola avait aussi envie de souligner quelque chose d’important : dans ce trouble, elle a trouvé une force de caractère inouïe qui a forcément elle aussi eu une impact sur sa vie professionnelle et entrepreneuriale. “Il est temps que je m’assume, que je revendique mes difficultés du quotidien qui me suivent depuis toujours, que je crie à tous que, certes cela a compliqué beaucoup de choses mais que cela m’a apporté tellement aussi ! Si je n’avais pas été dyslexique, je n’aurais pas été capable de développer à ce point ma volonté de rien ne lâcher.Je n’aurais pas cherché à comprendre aussi bien les personnes si différentes de moi. Je n’aurais pas eu autant de force devant chacune des difficultés que j’ai rencontrées dans ma vie”. Au fil des années, à force de lutter face à tous ces mots qui lui résistaient, Yola a finalement appris à lutter face à toutes les barrières qui lui résistent. Elle a développé, grâce à la dyslexie une vraie résilience qui a surement changé le tournant de sa carrière.

Ce n’est donc finalement pas par hasard si le chemin de la vie a emmené Yola vers l’entrepreneuriat : “Ma dyslexie a développé une grande créativité devant des problèmes concrets. D’où le fait d’être en mode ‘il y a un problème, je le résous assez vite !’ ”. Et puis, il y a aussi cette empathie que Yola a développé au fil des années, cette envie d’aider les autres à affronter leurs propres difficultés après avoir passé des années à affronter les siennes. Là, on est donc sur l'autoroute de l’entrepreneuriat dans le conseil !

À ce moment là de notre entretien, je décide de parler à Yola de mon impression que si pas mal d’entrepreneurs de la LVD family se sont décidés à entreprendre, c’est aussi car ils se sentaient hors cadre, en dehors du moule. Finalement, au travers de sa dyslexie, Yola a développé bien des capacités pour entreprendre gaiement : créativité, goût du challenge, capacité à trouver rapidement des solutions alternatives, meilleure analyse d’un problème etc. Pourtant, Yola n’a pas envie de tout accorder à la dyslexie, même dans ses aspects bénéfiques. Elle n’est pas que sa dyslexie, elle ne s’est pas faite qu’à travers elle : “c’est un ressort mais ce n’est pas la raison principale pour laquelle j’entreprends aujourd’hui. J’ai avant tout envie de m'épanouir”.

C’est sur ce message bien affirmé de Yola que je te propose d’arrêter la lecture, en remerciant tellement fort Yola pour sa confiance. Elle est venue se confier à nous sur un sujet si intime, si précieux, si dur à aborder pour elle. Elle l’a fait avec beaucoup d'authenticité, d’humour et de franc parler. Les larmes ont coulé mais comme dirait Yola, "ce sont des larmes importantes, j'avais besoin de les exprimer". C'est un vrai cri du coeur humano-entrepreneurial que je suis heureuse de pouvoir te partager. 

Je me dois de t’avouer que pour la 1ère fois dans La Vraie Dose, je regrette ce format écrit car j’aurais voulu davantage faire circuler toute l’émotion qu’il y a eu dans notre échange, aller encore plus en profondeur. Je suis quand même très heureuse et marquée par cet entretien. Je ne sais pas quelle résonance il aura pour toi mais j’imagine à quel point l’envie de Yola d’assumer qui elle est au travers de son aventure entrepreneuriale fera grandement écho pour toi. Si tu veux lui envoyer un mot doux ou lui dire bravo un peu partout, tu peux aller te trémousser sur son site internet ou sa page instagram ! Et Yola a une ressource très chouette à partager avec toi : le site de la fédération française des DYS, sur lequel tu pourras retrouver un max d'informations et aller encore plus loin dans la réflexion.

🔥LE CHALLENGE DE LA SEMAINE PROPOSÉ PAR YOLA : "Essayer de lire un texte à l'envers !" 

Cette semaine, une fois n'est pas coutume, Yola et moi te proposons un challenge particulier : pas d'entrepreneuriat à l'horizon ! Mais y'a de l'humain... donc on n'est pas loin de faire l'humano entrepreneurial vois-tu !

Yola te propose de t'entrainer à lire un texte à l'envers, juste pour "voir le monde avec d'autres yeux". À l'image de cette nouvelle newsletter en mode "entrepreneuriat pluriel activé", l'idée derrière tout ça est d'offrir une empathie maximale pour tous les autres humains entrepreneurs avec leurs caractéristiques bien à eux !

💖 LA VRAIE PÉPITE DE LA SEMAINE 💖

La Vraie Pépite de Yola, qui a changé son aventure entrepreneuriale, c'est une conférence Tedx : Solen Thomas "Humanité au travail et biodiversité des talents"

Pourquoi cette pépite ? 

Dans cette conférence Tedx (Tedx Clermont Ferrand), Solenn Thomas, fondatrice de l'association Eklore revient sur l'ensemble de son parcours professionnel en tant que chasseuse de tête et surtout des déclics qui ont tout changé, jusqu'à sa façon même de voir son métier. Yola a été subjuguée par sa prestation et ses mots : “Elle m’a fait une énorme impression : elle a une énergie, elle a scotché tout le monde ! Elle est dans la bonne humeur, de la bienveillance, elle était solaire”. Tu peux visionner ce Tedx juste ici ! 

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Sarah François