[LVD #34] T'as de la chance de monter ta boîte, toi !

Ahhhh les QQPMCE (questions qui piquent mon coeur d’entrepreneur) te manquaient ? Laisse donc entrer dans la tribu LVD, les petites réflexions qui chatouillent mon coeur d’entrepreneur. Comme je sais que Noël déboule à grands pas (quoi tu n’as pas remarqué tous ces appels discrets de la société de consommation ?), j’ai eu envie d’aborder une petite réflexion bien de saison : “T’as de la chance de monter ta boite toi !”.

La Vraie Dose 34 : T’as de la chance de monter ta boite, toi !

La Vraie Dose 34 : T’as de la chance de monter ta boite, toi !

“L’heure d’arrivée de cette douce réflexion est estimée le 24 décembre à 23h06 entre le fromage et le dessert !”

L’heure d’arrivée de cette douce réflexion est estimée le 24 décembre à 23h06 entre le fromage et le dessert. Toute la tablée s’extasie sur ce brie de "petit producteur" (enfin ce qu’il en reste), sur la beauté de l’artisanat français et sur l’importance d’avoir un métier porteur de sens pour la société. Et là BIIIIM ça glisse tout droit vers le monde merveilleux de l’entrepreneuriat.

Achtung, je ne parle bien entendu pas de l’entrepreneuriat tel que tu le vis au quotidien mais de l’entrepreneuriat rose poudré proposé sans vergogne par les médias classiques ! Là, tout le monde a vu le dernier reportage sur une jolie startup française et on y est : “tu te rends compte il a eu l’idée du siècle et à peine 6 ans plus tard son entreprise était rentable dis-donc”. Tout est dans le “à peine”. Sans parler du fait que l’entrepreneuriat c’est presque tout sauf une histoire de bonne idée comme on s’en parlait de la troisième newsletter de La Vraie Dose (où justement on se disait que ce ne sont pas les idées qui comptent mais vraiment ce que l’on en fait !).

Là prépare, toi, ce sera ton heure de gloire, oui toi la “cause entrepreneuriat” de la table. Ironie de la situation, les mêmes personnes qui te demandaient à l’apéritif “t’es à 100% sur ton projet ou tu as un vrai travail à côté ?” parce que tu comprends faudrait quand même “voir à te stabiliser financièrement”, vont te la dire cette fameuse phrase “T’as de la chance de monter ta boite, toi”. Tonton Jean-Mi est-il bipolaire ? Vaste question…

“Ce n’est jamais le bon moment pour entreprendre dans une vie et il y aura toujours des concessions, parfois pas évidentes financièrement et psychologiquement à assumer, et pourtant on l’a fait. Par chance ? Non, par pure volonté"

Arrêtons-nous déjà sur le terme de “chance” parce que là vraiment une pause s'impose (punchline autoroute du soleil bonjour) ! Quand tu joues au Monopoly, que tu tires un double 6 et que tu arrives directement sur la case départ pour toucher 200 francs (jamais vu de Monopoly en euros déso), t’as de la chance. Quand tu passes à Carrefour, qu’il y a une erreur sur le prix et que tu paies tes pâtes 8 centimes au lieu de 88 centimes, tu as de la chance. En gros, quand par hasard, sans que tu ne fasses grand chose si ce n’est d’être au bon endroit au bon moment, et qu’il t’arrive un truc cool, là oui tu as de la chance.

En revanche, quand tu décides de monter ton entreprise et, de fait, de dire au revoir à un emploi confortable (ou au moins sécurisant),de prendre certains risques notamment professionnels et financiers ou encore de travailler parfois des mois sur un projet sans pouvoir être sûr qu’il va grandir comme tu le voudrais, ce n’est pas de la chance. Non, tu as tout simplement fait le choix de l’entrepreneuriat. C’est toi qui a décidé d’entreprendre en en embrassant les avantages et en en acceptant les contreparties plus ou moins chaleureuses.

Parce que finalement, je trouve que cette réflexion, elle fait aussi écho à pas mal de choses en nous, jeunes entrepreneurs que nous sommes. Parfois, petit syndrome de l’imposteur oblige, on a un peu l’impression d’avoir de la chance de vivre ce que l’on vit.Finalement, on se lève le matin avec une motivation de foufou (bon presque tous les matins - ça aussi j’en reparlerai - mais on aime ce que l’on fait quoi), on organise son temps à peu près comme on l’entend, on travaille pour une entreprise qui a du sens à nos yeux (suffisamment rare pour être souligné) et on n’a pas de supérieur hiérarchique à proprement parler (même si on ne dirait non pour avoir des collègues quand même).

Dans tout ça, nous aussi, on aurait presque l’impression qu’une bonne fée s’est penchée sur notre berceau. “Il ou elle aura la douce et fabuleuse chance d’entreprendre pour ainsi devenir son propre patron”. Voilà, c’est la bonne fée qui l’a dit, c’est comme ça ! Et si le fait d’avoir eu l’audace de te lancer dans l’entrepreneuriat y était bien davantage pour quelque chose ?

Ce n’est jamais le bon moment pour entreprendre dans une vie et il y aura toujours des concessions, parfois pas évidentes financièrement et psychologiquement à assumer, et pourtant on l’a fait. Par chance ? Non, par pure volonté (puis bon on a quand même mis du temps à la trouver cette volonté dans la plupart des cas) ! Donc déjà, la prochaine personne que tu dois convaincre c’est toi : tu n’as pas de la chance d’être entrepreneur, tu en as fait le choix ! Ensuite, passe le message à ton voisin !

“Il y a derrière cette réflexion toute une joyeuse mythologie autour du fait d’être son propre patron !”

Ceci étant dit, retournons donc réveillonner pour creuser un peu plus cette fameuse réflexion “t’as de la chance d’entreprendre toi !”. Qu’est ce que Jean-Mi veut nous dire ? D’ailleurs, si tu n’as pas lu les épisodes précédents, Jean-Mi est apparu dans LVD à partir de la newsletter “Je dis stop aux conseils relous” et il incarne désormais tous ces gens fort aimables (mais pas toujours bienveillants) qui viennent chatouiller nos oreilles avec des phrases, disons-le, indélicates.

Souvent, tu comprends qu’il y a derrière cette réflexion toute une joyeuse mythologie autour du fait d’être son propre patron. Alors, oui c’est la boum, on s’organise un peu comme on le veut, on a très souvent un métier-passion, on mène des projets qui sont assez sexy socialement parlant. Mais ce n'est pas Disneyland non plus ! Pour commencer, dès que tu as une équipe, des rendez-vous, des partenaires, tu n’es plus du tout maitre de ton agenda à 100% !

“Combien de fois j’ai entendu le fameux “tu peux prendre des vacances quand tu veux !”.”

Il y a aussi un bon gros sujet sur lequel s’arrêter deux secondes : les vacances. Combien de fois j’ai entendu le fameux “tu peux prendre des vacances quand tu veux !”. Je ne sais pas pour toi, mais selon mon humeur, ma capacité à gérer cette phrase avec bienséance est plus ou moins inégale ! Déjà, une petite pensée me brule les lèvres à chaque fois (je te jure que l’on n’est pas loin d’un incendie) : si les vacances représentent la première motivation de quelqu’un pour entreprendre, faut vraiment partir sur autre chose.Très très vite. En courant même.

Mettons un peu les pieds dans le plat, on est entre nous : pour partir en vacances, faut avoir le temps, l’argent et les prédispositions psychologiques pour se détendre. Trois choses qui sont souvent en rupture de stock dans le cerveau de chaque entrepreneur.Quand tu entreprends tu as assez peu d’argent généralement et tu ne sais pas combien de temps cela va durer, donc autant te dire que tu préfères garder un verre d’eau, déjà pas bien rempli, pour la soif (je vais bientôt rédiger une série newsletters sur le thème brulant de l’argennnt). Sans parler du fait que pour pas mal d’entrepreneurs, une journée non travaillée n’est évidemment pas payée mais en plus représente une perte de chiffre d’affaire potentielle !

Puis, au delà de ça, il y a une question de temps qui est réelle aussi. On l’a évoqué dans la newsletter “le petit coup de fatigue de l’entrepreneur, on en parle ?”. Le fameux conseil si facilement amené “faut prendre du temps pour soi” est bien difficile à mettre en pratique. Déjà car il faut arriver à trouver le temps de s’absenter(finalement, pour m’obliger à trouver du temps pour moi, j’ai posé une journée dans mon agenda un mois à l’avance…comme quand j’étais salariée). Oui, je n’ai pas de patron ou de collègue mais justement je n’ai personne pour faire mon travail à ma place. Selon les attentes et les contraintes que tu as vis-à-vis de ton projet, le plus gros challenge que tu peux avoir, c’est bien de prendre des vacances justement.

"Moi, ce que je te propose comme toujours, c’est bel et bien : de répondre à cette phrase, d’évangéliser et surtout de s’y préparer !"

On s’en parle souvent : il y a pléthores de mythes liés à l’entrepreneuriat qui n’aident vraiment pas les non entrepreneurs à comprendre nos quotidiens, en plus du fait que l’on ne vit pas toujours dans la même structure spatio-temporelle en ce qui concerne le travail, l’argent et les vacances. Moi, ce que je te propose comme toujours, c’est bel et bien : de répondre à cette phrase, d’évangéliser et surtout de s’y préparer !

Déjà, il faut accepter le fait que l’on est un peu en représentation permanente lorsque l’on est entrepreneur, y compris pendant un banal diner de famille ou une soirée pourtant douillette entre amis. On transmet un vrai message sur l’état actuel de notre entreprise. Alors, il faut arriver avec subtilité à ne pas renvoyer une image trop négative en mode “nan mais attend c’est tout sauf de la chance, je travaille tout le temps, ma vie est horrible”. Là tu peux être sûr à 100% que la seule foutue chose dont on se rappellera c’est que tu es bien trop fatigué pour que ton projet dure encore longtemps et on ne va certainement pas communiquer positivement dessus (encore un joli challenge d’une prochaine vraie dose sans doute : expliquer qu’un projet entrepreneurial ne se développe pas en trois mois).

Inversement, la stratégie du “je laisse couler, je ne dis rien” n’est pas bonne pour ton petit coeur d’entrepreneur non plus. Tu as aussi droit à ce que l’on comprenne que ton quotidien n’est pas toujours évident, que tu as de beaux avantages à entreprendre mais que clairement tu ne les voles pas. Désolée de dire ça mais rien que pour le bien de ton énergie entrepreneuriale, tu y as bien droit à cette reconnaissance. Puis, si chaque entrepreneur fait l’effort d’expliquer ce qu’est la réalité de l’entrepreneuriat, et bien petit à petit, notre monde semblera un peu moins obscure pour le commun des mortels ? Oui, clairement, on peut le dire, je suis animée par un optimisme entrepreneurial infini !

💪 Ton challenge de la semaine : 
Kit de survie spécial “t’as de la chance de monter ta boite toi !”💪 

Cette réflexion elle surgira quoi qu’il en soit ! Alors autant s’y préparer, histoire d’être moins apeuré et d’y répondre en transmettant le bon message ! Ton rétroviseur de voiture a bien compris pourquoi entreprendre était tout sauf de la chance sur chaque retour de soirée que tu as fait, il est maintenant temps de transmettre l’info au monde entier !

Alors, bien entendu, je te le rappellerai jamais assez, je suis autant apprentie entrepreneure que toi donc ce que je te propose ci-dessous n’est pas une recette de cuisine mais tout simplement une piste de réflexion. Souviens-toi toujours d’une chose : ton bon sens entrepreneurial, tu l’as déjà en toi !

Voici comment tu pourrais répondre :

1 - Le dire une bonne fois pour toutes : non, tonton Jean-Mi, ce n’est pas de la chance :

Tu sais toi aussi tu pourrais monter ta boite ! Je n’ai pas de chance, je l’ai choisi !
J’ai (rayer les mentions inutiles) : quitté mon ancien job bien payé - sécurité de l’emploi inclue, suis revenue vivre chez mes parents, décidé d’assumer 2 ans d’entrepreneuriat sur mon jeune CV, dû économiser pendant plusieurs années pour entreprendre afin de mettre à l’abri ma famille,etc”.

=> L’objectif : faire comprendre que c’est tout sauf de la chance mais un vrai choix de vie qu’il faut assumer !

2. Exprimer pourquoi tu aimes entreprendre

“Je voulais organiser mon temps comme je le souhaitais”; “Lorsque j’ai eu l’idée de ce projet, je me devais de lui donner vie”; “Je travaille avec qui j’ai envie”; “Je n’ai plus l’impression d’éxecuter des tâches mais véritablement de construire une entreprise”, et les mille autres raisons géniales pour lesquelles on entreprend !

=> L’objectif : ne pas dépeindre un portrait trop sinistre de l’entrepreneuriat pour rester crédible et ne pas donner l’impression que tu n’y arrives plus !

3. Expliquer honnêtement qu’elles en sont les contreparties

“J’ai drastiquement baissé mon niveau de vie”, “Je n’ai jamais autant travaillé que depuis que je suis entrepreneur”, “il m’est impossible de prendre de vraies vacances pour l’heure”, “Il n’y a pas un dimanche où je n’ai pas ouvert mon ordinateur”… 
=> L’objectif :  faire la lumière sur la réalité de l’entrepreneuriat et aussi sur tout le mérite que tu as à t‘être lancé !

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Bon, et au fait, ça ne te dirait pas de recevoir ta vraie dose hedbo d’énergie entrepreneuriale directement dans ta boite mail chaque lundi ? Histoire de prendre confiance en ton génie d’entrepreneur quoi !

Sarah François